• Chapitre 5, partie 13

    Le 16-6-2000

    Séance chez mon psychiatre, mari de la psychothérapeute vue la veille.

    Je suis épuisée après l'intensité de la veille et je bosse ma voiture en rentrant sur le parking souterrain, je me sens dans un état de fragilité très important à ce moment là.

    Le psy trouve que c'est dommage que je ne sois pas allé seule sur la tombe de mon frère hier. Mais quand je lui raconte comment cela s'est passé, il me dit que c'est bien, que j'ai refermé la grille du cimetière, que maintenant il va falloir refermer des tiroirs. Je pointe que je n'allais vraiment pas bien hier soir, que ce n'était pas mon idée cette "visite" au cimetière et que là bas, tous les moments douloureux de ce lieu me revenaient à la mémoire. Alors il me raconte une belle métaphore:

    - C'est comme si, il y avait deux armoires: celle de votre passé, vous videz les tiroirs et petit à petit, ils vont se fermer l'un après l'autre. Et celle de votre avenir, et vous allez ouvrir les tiroirs pour y mettre ce qu'il y a de beau et de bon pour vous. Et en ce moment, il peut y avoir des tiroirs ouverts dans les deux armoires.

    & Mais parfois je pense que quand je serai morte, je me trouverai en face de lui.

    - Eh bien justement, ce n'est pas vous qui le jugerez, ou bien vous êtes croyante et il sera puni au jugement dernier, ou bien vous êtes athée, et c'est fini.

    & Je suis croyante, mais je pense à ma mère aussi et ce qu'elle dira de tout cela.

    - Vous pensez que votre mère défendrait son fils et qu'elle dirait: Tu en fais toute une histoire, il a bien fait ? Vous ne pensez pas qu'elle dirait que c'est un salaud ?

    & Elle dirait peut être qu'il était malade dans sa tête plutôt.

    - Cela se peut bien, vous allez aller sur la tombe de votre mère, elle est dans le même cimetière ?

    & Non

    - Vous allez y aller seule, vous asseoir sur sa tombe, lui parler longtemps, vous lui direz ce qui s'est passé, ce que vous avez vécu, ce que vous auriez aimé lui dire, votre souffrance, elle vous entendra.

    & Mais je n'y crois plus à tout cela.

    - Oh si vous croyez que vous êtes coupable, que ceci, que cela................

    & Non mais concernant la religion.

    - Vous n'allez pas renier votre foi maintenant.

    & J'ai de plus en plus de mal à entrer dans une église.

    - Et votre père ?

    & Non, je ne peux pas communiquer avec lui.

    - Pourquoi ?

    & Dès que l'on parle de choses qui touchent, il pleure depuis qu'il est plus âgé.

    - Comment il était dans votre enfance ?

    & Il était absent, ma mère prenait beaucoup de place, elle nous faisait taire quand il était là. Elle disait sans cesse qu'elle aurait été beaucoup plus heureuse sans enfants.

    - Oui, elle n'était pas capable d'être mère, ses enfants la gênaient, et votre père ne prenait pas sa place ?

    & Les souvenirs avec lui: il me pinçait le nez pour que ma bouche s'ouvre pour mettre des cuillerées de soupe. Ma mère nous attachait à la rampe de l'escalier pour que nous n'allions pas jouer dehors avec les autres enfants du village.

    - Et si vous parliez de cela à votre père aujourd'hui ?

    & Non, il ne se rend pas compte, il en rit en en parlant encore aujourd'hui.

    - Et vous étiez proche de votre mère ?

    & Pas quand j'étais petite, je la dérangeais, mais les années d'adolescence et de jeune femme, nous nous téléphonions tous les jours les 5-6 dernières années de sa vie. Je crois que je n'ai pas encore fait le deuil. Quand j'ai appris qu'elle était condamnée, j'étais enceinte de 7 mois.

    - Oui, la perte d'une mère, la naissance d'un enfant, cela arrive très souvent et c'est très difficile.

    & Cela a été une période très douloureuse, je me souviens, quelques jours avant la naissance de ma fille, ma mère était en fin de vie, après il y a eu une amélioration de quelques mois pour mourir quand ma fille avait 6 mois.

    Je me suis toujours reproché de ne pas avoir communiqué avec elle sur sa maladie, nous n'avons jamais prononcé le mot cancer, nous le savions l'une et l'autre mais n'en parlions pas, c'était trop douloureux.

    - C'était encore des non-dits, parce que vous aviez fonctionné comme cela mais parlez lui de tout cela au cimetière.

    & Puis un an après sa mort, mon père m'a annoncé qu'il se remariait, encore un coup pour moi.

    - Vous lui avez dit ?

    & Non bien sur, il pleurait en me le disant.

    - Vous en pensez quoi maintenant ?

    & Je me dis que c'est aussi bien qu'il ne soit pas resté seul.

    - Vous pensiez qu'il trahissait votre maman ?

    & Oui, et cette femme dans cette maison, dans les affaires de ma mère! En plus elle n'est pas intéressante.

    - Oui bien sur, elle est nulle, pas intéressante, mais elle n'y est pour rien dans votre histoire.

    & Non, je ne supporte plus la mère de mon mari non plus.

    - Vous ne supportez plus vos deux belle mères, parce que vous n'avez pas fait le deuil de votre maman, mais elles  n'y sont pour rien, et elle n'ont pas à supporter cela.

    & J'avais une tante aussi, une soeur de ma mère qui est décédée il y a un an 1/2 et c'est comme si j'étais soulagée car elle me rappelait le passé aussi.

    Elles avaient deux frères qui sont morts à 37 ans, l'un d'un cancer de l'oesophage et l'autre s'est suicidé. Mais parfois je me demande si..........si..............(j'ai honte) si je ne souhaite pas le départ de mon père, car c'est un lien avec le passé.

    - Oui, c'est tout ce qui vous rattache à votre passé.

    & Je me rends compte que même si je ne le voyais pas, cela ne me manquerait pas. Ils devaient venir cet après midi, et j'ai inventé une histoire pour ne pas qu'ils viennent.

    - Oh, ça vous pouvez raconter de pieux mensonges et être adulte pour refuser de les voir à votre guise quans cela vous arrange si vous êtes si éloignés.

    & Oui, mais pas lui justement, j'ai l'impression qu'il cherche à se rapprocher et que je compte beaucoup pour lui, ma belle mère le dit.

    - Gardez des relations quand même.

    & Oui, sinon j'ai encore un reste de culpabilité.

    - Allons y, même si ça fait mal.

    & Quelquefois je me dis que peut être j'en fait toute une histoire et que ce n'était que des jeux d'enfants.

    - Vous pensez que vous étiez à jouer à touche pipi, vous le pensez vraiment ça ?

    & NON, pourtant non.

    - Non, c'est un inceste que vous avez subi, il n'y a pas de doute là dessus.

    & Avant que je me souvienne il y a 4 ans, cela m'arrivait d'avoir quelques flashs et je pensais que c'était des jeux d'enfants, mais quand la mémoire est revenue j'ai compris que ce n'était pas ça.

    - Oui, il y a 4 ans que vous avez compris que c'était grave, avant vous saviez qu'il y avait quelque chose qui faisait que vous n'étiez pas bien.

    Bon, vous allez laisser ce passé douloureux. Dans le présent vous allez régler cela et penser à vous.

    Vous pleurez sur lui ou sur vous ?

    & Sur moi.

    - OK, vous pouvez pleurer sur la petite fille que vous étiez, mais maintenant il va falloir cicatriser et c'est long une cicatrisation. Après des moments difficiles comme vous avez vécu, être si proche de la mort dans votre entourage, les moments difficiles encore vont vous rendre forte et résistante face aux épreuves.

    & J'aurais envie de pleurer dans les bras de ma mère.

    - Que lui demanderiez vous ?

    & De m'écouter et de me consoler.

    - Vous pensez qu'elle vous entendrait ?

    & Je ne sais pas.

    - On ne choisit pas ses parents, on choisit ses amis, son conjoint.

    Il y a des morts que vous voudriez vivants, et des vivants que vous voudriez morts, des morts que vous aimez, d'autres que vous n'aimez pas, c'est une vraie salade.

    Ce qu'il va falloir c'est vous pardonner à vous. Bon, on va s'arrêter là après cette heure passée ensemble.                           ( exceptionnellement)

    & Oui............

    - Vous allez vous promener et prendre le temps de rentrer.

    & Oui c'est ça qui est dur justement, se retrouver dans la réalité, je n'arrive pas à refermer le tiroir.

    - Mais non, vous devriez être contente d'être dans la réalité, après une heure à parler de mort, de noir, de cimetière........

    Après une telle séance d'une heure en plus, je suis épuisée, je passe chez mon amie M. qui me réconforte, me comprend complètement.

    Le lendemain, je suis dans une tristesse sans nom, je pleure ..............je me repose et cela me fait du bien.

    Tant que j'ai des séances écrites sur un cahier spécial, je les relate dans leur totalité, quand je n'en aurai plus et que je piocherai dans mes journaux intimes de l'époque, j'essaierai ( si j'y arrive ) de faire plus concis. Je vois que j'ai dans ce cahier jusqu'au début de ma cure thermale en Juillet 2000.

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