• Chapitre 3, partie 10; Février 2001

     

    Février 2001
     
    Je me trouve à téléphoner à mon amie S. qui me demande si je dors bien, et justement cela fait deux nuits que je passe presque blanches, en lui disant cela, je réalise que je ne suis pas allée au cimetière comme me l'a recommandé mon psy.
    L'après midi même je décide donc de faire cette démarche, je vais d'abord sur la tombe de mon frère, je me sens bien remontée et règle mes comptes. Je lui dis que je l'aime mais que je ne peux pas lui pardonner. J'ai quand même l'impression d'avoir fait la paix.
    Ensuite je change de cimetière pour aller sur la tombe de ma mère, je dis aussi ce que j'ai à lui dire, puis je vais me recueillir sur la tombe de ma cousine âgée. Le discours commun aux trois a été de leur dire de me fiche la paix maintenant, que j'ai tout fait pour m'en sortir. j'ai demandé à ma mère de m'envoyer un signe dans les jours qui suivent pour me montrer qu'elle m'a entendue. J'ai encore versé des larmes sur la tombe de ma mère, deuil si difficile à faire.
    La nuit suivante, je refais un cauchemar; cette fois j'assiste impuissante au viol de mon fils par un inconnu, je me sentais très mal.
     
    Je me décide à recontacter le prêtre qui me donne un rendez vous, comme d'habitude autour d'un café. Je lui fais part de mes tourments actuels et de mes questionnements. Comme d'habitude nous avons un échange intéressant mais je le sens plus hésitant dans ses réponses.
    Je lui dis que je suis interpellée par certaines béatitudes, par exemple "heureux ceux qui souffrent", il me répond qu'il vaut mieux remplacer heureux par "en marche", que c'est beaucoup mieux.
    Je dis ou j'en suis par rapport à mon frère et que j'espère que là ou il est, Dieu lui a pardonné et que j'espère qu'il est heureux, le prêtre me répond: bien sur, cela ne peut pas être autrement, Jésus n'est pas venu sur terre pour sauver les hommes s'il les rend malheureux. Je parle de ma démarche dans les cimetières, il trouve cela très bien. Quand je lui dis mon émotion sur la tombe de ma mère, il dit que ces enterrements là ont du être très durs, j'affirme que oui et qu'à la première fête de Toussaint après la mort de mon frère, j'avais envie de mourir pour le retrouver. Il est étonné puis rajoute que c'est merveilleusement bien après la mort, que la vie sur terre n'est rien à côté. je raconte la mort de ma mère pendant nos vacances, l'annonce de la maladie non guérissable pour elle alors que j'étais en fin de grossesse, il n'est pas étonné que je fasse des cauchemars. J'évoque un peu la mort de ma tante, il dit de ne pas culpabiliser de tout cela, que les cauchemars s'estomperont et disparaitront.
     
    Je dis que mon psy me dit d'être égoïste et que dans la religion, on prêche plutôt le contraire, il dit que cela revient au même, car quand on s'occupe de soi on est plus disponibles pour les autres. Il faut d'abord s'aimer, avec ses défauts, avec ses douleurs, avec sa dépression etc.
    Quand je parle de mon mari, il me dit d'être bonne avec lui, puis j'ajoute que je ne supporterais pas de le perdre, ni mes enfants, que je ne supporte pas les séparations. Il n'est pas étonné. Il rajoute que les morts ne sont pas responsables de nos souffrances, qu'il ne fallait pas leur en vouloir, non je ne ressens pas cela non plus.
    Je dis aussi que quand j'étais enfant, je priais pour que nos mourions tous ensemble, je n'ai pas vraiment été entendue. Le prêtre me dit que j'étais déjà marquée par la mort et que j'ai du beaucoup souffrir quand j'ai perdu mes proches.
    Nous avons abordé les thérapies de groupe, il en a fait une lorsqu'il avait 60 ans et il en parle un peu. Il ajoute que mon psy me faisait un cadeau en me proposant cela.
     
    J'étais très tendue pendant tout l'entretien, j'ai aussi pleuré un peu. Mais je repars épuisée et la tristesse est encore là, parler des disparus comme cela ça ne laisse pas indifférent.
     
    Je retrouve mes amies ensuite pour un apéritif et une séance cinéma, mais je ne peux pas parler de ce que je viens de vivre, alors  le cœur n'y est pas du tout, dommage.
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  • Commentaires

    2
    Mardi 8 Mars 2011 à 19:44

    Et tu ne lui parles pas au téléphone à ta mère ?

    C'est pas rien la famille, je suis tranquille de ce côté là ils sont tous morts

    bisous doux Camillou

    1
    Mardi 8 Mars 2011 à 13:34
    Ma chérie, je n'ai toujours pas pardonné mais par contre nous remontons dans le Nord en Mai pour revoir ma mère que je n'ai pas vue depuis 97! Alain dit que au téléphone elle est différente depuis le décès de mon frère qui avait une forte emprise sur elle, quand j'ai été hospitalisée avec une double pneumonie 4 jours après de départ de François, lui c'est fait hospitaliser aussi au même étage, elle lui téléphonait 1 à2 fois par jour et moi jamais et lui qui n'était pas lié à des perfusions venait me le dire
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