• Ce passé douloureux, chapitre 2, partie 10 1/2

    Mars 1999 :

     Mon mari viens donc en entretien avec moi à sos-inceste, j’éprouve une grande peur, peur de ce qui peut être dit devant lui, par exemple mes idées « noires » dont j’ai parlé à l’association !!! Je rappelle D. qui me rassure, elles le laisseront parler et ne livreront rien de ce que j’ai dit. Elles seront les tierces personnes pour nous permettre de communiquer.

    Le jour venu, un samedi matin, je suis hyper stressée, mon mari aussi, mais il s’avérera ensuite qu’il n’y avait pas de raison.

     Je pense que l’entretien a duré 2H avec D. et L., les deux bénévoles qui m’avaient reçue la première fois. Je les trouve géniales.

    Je n’ai presque pas à parler, mon mari à mon grand étonnement pose des questions, elles ont expliqué les mécanismes mis en place au moment du traumatisme et après, elles ont dit pourquoi j’allais mal, les efforts que je faisais pour m’en sortir, elles ont surtout beaucoup rassuré, et vraiment si je me sens vidée en partant, je suis soulagée de voir la réaction de mon mari.

     Après j’ai besoin d’une pause dans tout cela, dans toutes ces étapes franchies, tout ce que je m'étais donné à faire.

     Sauf qu’à côté je continue mes thérapies :

    - thérapie analytique, je parle toujours d’autre chose : épuisement, difficulté à supporter les enfants, à faire face à tout. Je parle un peu de l’inceste quand elle me tend des perches, sinon c’est trop difficile.

    - thérapie « focusing », je commence un peu à « évacuer » sur l’inceste, cela se fait dans une émotion et une douleur intense, parfois je pense que le mutisme serait plus facile à vivre.

     Je ressors de ces séances souvent avec des fourmillements partout, un début de crise de tétanie. Heureusement j’ai toujours dans ma voiture un sac en nylon pour respirer à l’intérieur afin de diminuer l’hyper oxygénation. Et puis quelques minutes de repos et de récupération me sont nécessaires avant de reprendre la route.

    J’aborde aussi mon enfance avec ma mère et ses difficultés, je prends conscience de la maltraitance physique et psychologique (c’est tout à ce moment là, pas l'ombre d'un soupçon sur ce qu'elle m'a fait vivre d'incestuel ) une mère défaillante, dépressive, maltraitante, un père absent, distant, froid ( pas de communication possible), un frère abuseur.

    Où était ma place dans cette famille ? je ne sais même pas si j'en avais une !!!

    Quelle douleur, quelle souffrance quand tout cela revient à ma conscience, moi qui pensais les années auparavant avoir eu une enfance heureuse. A cela se rajoutait le manque d’argent de mes parents, mais c’est un autre problème qui me semble bien infime aujourd’hui, et pourtant j’en ai souffert aussi comme de tout ce qui pouvait faire que ma mère allait mal.

    J'ai fait un gros oubli, je m'en rends compte en reprenant mes notes ce 13 Novembre 2007:

    Le 21-03-1999 (date mémorable)
    Le moral est au plus bas, je vais à la messe pensant trouver un peu de réconfort, mais non je ne peux retenir mes larmes. Alors je décide à ce moment là de parler aux enfants.
    Pendant le déjeuner, ma fille est chez une copine, je vais donc parler aux garçons, je préviens mon mari.
    En sortant la viande du four, sans le savoir, mon fils ainé me tend la perche.
    - Tu as l'air fatiguée "encore"
    & Oui, surtout dans ma tête et ça ne va pas.
    - Pourquoi, qu'y a-t-il?
    & J'ai des choses difficiles à dire (mon mari s'impatiente, il voit que ce sera très difficile pour moi et pour m'aider dit : c'est des choses très anciennes )
    Mon second fils : attends papa, maman tu nous diras séparément ( sa peur est visible)
    Mon mari : Non
    Moi : Attends un peu
    Mon second fils : Laisse maman parler, c'est à elle de dire
    Mon mari (avant que j'aie le temps de réagir) : C'est avec son frère, il a abusé d'elle quand elle était enfant.

    Voilà, c'est dit, pas par moi, mais je suis soulagée tout de même. Je pleure, mais parle et réponds aux questions de mon fils aîné qui sont nombreuses. Le second écoute, mais ne peut plus manger, ni parler, il part se réfugier dans sa chambre. Il met un CD avec un volume très élevé et pleure pendant ce temps.
    Nous continuons de discuter tous les trois, mon fils aîné se dit soulagé de savoir, il se demandait pourquoi je n'allais pas bien alors que je ne travaillais plus à l'extérieur. Il est quand même surpris, consterné, il pense à son oncle qui est mort, à son grand père qui ne sait rien.
    Après le repas, mon second fils vient dans le salon, je vais le retrouver et lui demande s'il  m'en veut  d'avoir parlé, non, il dit qu'il est soulagé, et il est sur qu'inconsciemment, ils savaient tous qu'il y avait quelque chose, il est rassuré.
    C'est beaucoup d'émotions pour tous, je n'ai pas retenu mes larmes, c'était impossible. Je vais me reposer, j'ai très froid, je suis sous le choc, le soulagement va venir j'espère, mais ce n'est pas immédiat. En tout cas c'est dur de réaliser et ma fille ne sait pas encore.
    Le soir avec mon fils aîné, nous échangeons encore là dessus, il me dit que cet après midi pendant sa sortie il y repensait, il a été un peu choqué, mais il se doutait qu'il y avait quelque chose de grave et il est soulagé de le savoir. Il reconnaît que cela l'énervait de me voir toujours mal. Maintenant si cela arrive il saura et me laissera tranquille. Ses propres mots:
    - C'est triste pour toi maman, mais je suis content et soulagé, je m'inquiétais. ( Eh oui les histoires douloureuses non dites peuvent être pensées comme encore beaucoup plus horribles, on peut tout imaginer)
    J'essaie de parler à son frère le soir, c'est beaucoup plus difficile pour lui, il a vraiment du mal à l'entendre, il refuse d'en reparler, je respecte, cela viendra aussi.
    Tout ce que je viens de vivre ces dernières semaines fait l'objet d'une séance de thérapie:
    Je relate l'écoute à sos-inceste avec mon mari. Puis l'échange, enfin l'annonce aux garçons du dimanche précédent. La psychiatre me conseille de ne pas attendre pour l'annoncer à ma fille. Elle me dit aussi que ce n'est pas étonnant que je sois fatiguée, épuisée, j'ai fait beaucoup de choses importantes.
    Séance de 20 minutes, beaucoup top courte pour moi, je repars très frustrée.
    L'après midi même j'appelle sos-inceste, je dis mon état de fatigue, de déprime, D. qui m'avait écoutée au premier entretien me fait prendre conscience de tout ce que j'ai fait depuis celui ci il y a un mois 1/2
    Maintenant, j'aurais besoin de partir me reposer, faire un break, mais mon mari refuse.
    Et puis il me reste à parler à ma fille (ce sera pour ce soir là)
    Je pense aussi qu'un jour il me faudra raconter les faits précis, je n'ai encore pas pu le faire, c'est un gros morceau qui me fait très peur.
    Après mon appel à l'association, j'ai beaucoup d'émotions, mais j'ai déposé un poids, enlevé un peu de ma souffrance en la partageant. J'ai aussi pris des forces pour parler à ma fille, et cela c'est très important.
    Ce jeudi 26 Mars 1999

    Avant le dîner, je me décide donc à parler avec ma fille, j'ai mal au ventre, c'est très difficile. Nous allons dans sa chambre et je lui explique pourquoi je n'arrive pas à aller bien encore, ce que j'ai subi quand j'étais encore une fillette. Elle me tombe dans les bras aussitôt en pleurant, nous pleurons dans les bras l'une de l'autre.
    Elle est surprise, elle ne se doutait pas, n'avait pas vu ce pan de vie quand elle avait lu mon journal intime deux ans auparavant. Elle ne veut pas en parler à sa pédopsychiatre, peut-être avec sa nutritionniste avec qui elle se sent plus à l'aise, puis non elle pense à mon amie M. Je lui dis qu'elle peut qu'il est important de ne pas rester seule avec cela, que je suis là aussi quand elle le désire.
    Elle me demande si mon père le sait. Non je lui réponds.
    Elle me dit qu'elle se confie beaucoup à ses copines (à 14 ans bien sur)
    Ses mots : Ah bon ce n'est pas parce qu'on te donne beaucoup de travail que tu ne vas pas bien?
    Comme quoi un enfant imagine et se sent responsable de la souffrance de ses parents !!!
    Je lui dis que je peux encore ne pas être bien ; qu'il me faut du temps, mais que maintenant que je leur avais parlé j'allais me sentir mieux.
    Elle me fait part de ses peurs : Que l'on refuse de la laisser sortir car on aura trop peur pour elle, je la rassure comme je peux.
    Nous sommes restées une heure à échanger, c'était très fort, rempli d'émotions de part et d'autre, mais je me sens plus légère ensuite.
    Pendant ce temps mon second fils qui savait que je parlais à sa soeur a fait une crise d'asthme. Pour lui cette révélation a été un tel choc, qu'il s'inquiète pour le ressenti de sa soeur. Je le rassure ensuite du mieux que je peux aussi et je profite de ce moment pour lui demander comment il se sent par rapport à toute cette histoire, il a du mal encore.
    Après toutes ces étapes j'aurais vraiment besoin de me reposer. Pour cela, seul un départ de la maison serait bénéfique, mais mon mari n'est pas d'accord, ni seule ni ensemble. C'est difficile pour moi.
    Les jours suivants, j'ai tendance à déprimer et puis j'ai un besoin de parler de tout ce que je vis avec quelqu'un d'extérieur . A la maison ce n'est pas possible, mes amies : j'ai l'impression de les envahir. Ma psychiatre : Tous les quinze jours en séance et souvent 20 minutes, c'est vraiment insuffisant. Sos-inceste, je n'ose pas trop appeler et je ne vais pas en entretien.
    Une semaine après avoir parlé à ma fille, j'essaie d'échanger avec elle pour savoir comment elle le vit. Elle me dit que c'était dur au début, mais que cela allait mieux maintenant. Je la sens réticente pour en parler, je pense qu'elle a besoin de temps pour digérer tout cela.

    L'année 1999 continue tant bien que mal, plutôt assez mal d’ailleurs. Je suis toujours famille d’accueil, ce qui n’est pas très facile, travail rythmé par mes séances de thérapie et les groupes de parole à l’association, groupe ou je réussis à m’exprimer après le premier, mais toujours avec beaucoup d’émotion et entendre la souffrance des autres me fait mal aussi, mais j’éprouve un soulagement à m’y exprimer, alors je continue.

    Pendant toute cette période, je somatise: crises d'hémorroïdes +++, blocage du dos, migraines etc.
    Ma psychiatre me dit: ce sont les parties du corps qui ont mal qui veulent vous dire quelque chose. On peut agir là dessus, mais c'est très long, cela se mesure en terme de mois, d'années. C'était en 1999, j'ai écrit ceci en 2005, encore quelques problèmes de somatisation, mais si minimes.
    On voit aussi avec elle ce besoin de parler de ma souffrance, c'est un besoin immense, j'aurais envie de le dire à la terre entière après 36 ans de mutisme par rapport à cela.

    Chez la psychothérapeute, je n'éprouve pas le soulagement attendu après avoir parlé aux enfants, j'ai peur de les avoir encombrés en voulant me soulager. Elle me rassure en disant que c'était dans leur inconscient de toute façon et qu'il faut leur laisser le temps d'assimiler tout cela, de leur faire confiance.  

    J'ai besoin de lâcher, d'être prise en charge et de pleurer, pleurer........ Nous sommes 6 à la maison, je me sens le pilier et il faut toujours tout assumer, je suis épuisée!!!
    Je m'occupe des autres et j'aurais besoin que l'on s'occupe de moi. Cela me renvoie bien sur à mon passé incestueux, je retombe dans le même mécanisme : plutôt que d'exprimer ma souffrance, je l'enfouis pour protéger les autres. Autrefois j'ai voulu, bien inconsciemment protéger ma mère ainsi que mon père et mon frère. J'avais complètement renié mes besoins et mes ressentis à ce moment là.
    Avec cette thérapeute, je commence à travailler sur l'inceste, elle me fait imaginer la petite fille que j'étais, je la vois coupable, mais inconsciente qu'elle était victime. Je la vois contenant ses larmes après les abus pour ne pas inquiéter les autres. Je la vois remplie de honte cette petite fille, salie.
    Maintenant je me demande pourquoi je me laissais faire, c'est cela surtout l'objet de ma culpabilité.
    Et là en imaginant cette petite fille que j'étais, j'éprouve de la révolte envers mon frère, il m'a complètement démolie. C'est la première fois en cette année 1999 que j'approche d'aussi près l'inceste. Et cela fait plus de trois ans que c'est remonté à ma mémoire, plus de trois ans que je suis en thérapie !!!
    Le soir de cette séance et les jours suivants, les larmes sortent enfin, mais ce n'est pas évident en famille. Ma fille m'entend parfois et somatise, cela lui arrive de ne pas partir pour le collège.
    Je suis souvent très mal, et j'essaie d'appeler différentes personnes, mais ce jour là, entre autre, personne n'est là, c'est dur.
    En plus j'avais invité père et belle mère à déjeuner pour fêter l'anniversaire de mon fils aîné qui se prépare à partir continuer ses études à l'étranger. J'angoisse de le voir partir et lui aussi, surtout qu'il se sépare de ses copains de fac, c'est vraiment une période difficile

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